Je n'ai pas résisté à la tentation, et je l'ai fait, bien évidemment, ici.
22/05/08
21/05/08
toujours là...

Combien de fois l'ai-je écouté ?
Combien de fois a-t-il aidé à terminer les soirées ?
Combien de fois a-t-il été suivi de vives acclamations par ceux qui ne le connaissaient pas encore, et qui dès le lendemain en faisaient l'acquisition ?
Et je l'ai racheté aujourd'hui,
Enfin,
Oui, un très très grand album,
Je n'oublie pas aussi les albums de...
(mais la suite au prochain numéro)
20/05/08
roses & châteaux
Une enfance de roses et de châteaux, une vie de château, dirait-on. J’étais le roi du château, si haut si beau.
Moi enfant, toujours en train de me rêver en maître du Haut-Château, (Château de Villeroy, Château de Manfredonia, Château d’Elfinbach, Château de Voltorno, Château de Hardayne, Château de Stroma, Château de Blackenberg, Château de Montmorenci, Château de Llangweillen, Château de Montbelliard, Château de Macruther, Château de Mowbray, Château de Powis, Château d’Otrante, Château de Saint Vallery, Château de Wolfenbach, Château de Mortimore, Château d’Arville, Château d’Ollada, Château d’Austenburg, Château de Bungay, Château de Beeston, Château de Caithness, Château de Belgrove, Château de Saint Caranza, Château de Roviego, Château de Santa Fe, Château de Villa Flora, Château de Brougham).
Moi enfant, maître d’un château aux tours indiciblement hautes, aux murs incroyablement épais, aux entrées farouchement gardées. Moi enfant maître d’un château inexpugnable.
Au milieu de mon château, de mon Haut-Château, tout au milieu, comme perdu au milieu d’un labyrinthe, une toute petite pièce, et dans cette toute petite pièce, une jolie jeune fille. Moi enfant, maître d’une jolie jeune fille (fragile, délicate, attendrissante), mais attirée par les mystères (Elucidés, Horribles, Noirs, de Hongrie, …) et qui est venue d’elle même un jour dans mon château, mon Haut-Château, perché sur un piton rocheux d’une vertigineuse altitude, aux douves insondables, perdu au sein d’une impénétrable forêt (d’Inglewood, de Menski, d’Ardenne, de Saint-Bernado, de Faulconstein, de Montalbano). Moi enfant je ne suis pas allé la chercher, je ne suis pas de ce genre là, timide, un peu, c’est elle qui au détour d’une promenade qu’elle comptait faire à l’abbaye (de Lanmere, de Grenade, de Saint Michel) est passée près d’une grotte (de la Mort, Souterraine, de Sainte Marguerite, de Tolède) et s’est avancée, et a voulu aller y voir et s’est plongée dans les profondeurs, et est arrivée à mon château, mon Haut-Château. Un château miniature, mais avec remparts, tourelles et créneaux. Un vrai château, un Haut-Château.
Moi enfant et déjà Baron. Cicatrice au visage, médaillon au cou, ressemblant comme deux gouttes d’eau à mes ancêtres (il suffit de voir les tableaux dans l’escalier principal).
Moi enfant et déjà un sourire mélancolique.
Moi enfant et à mon passage des armures se décrochent, des oriflammes claquent au vent, des plumes de casques s’agitent.
Moi enfant, accompagné de fâcheuses rumeurs. On dit que des arbres saignent dans les forêts que j’ai traversées, que des mains sanglantes tracent de sombres hiéroglyphes dans les maisons où j’ai séjourné, que des morts étranges surviennent à ceux dont j’ai serré les mains, que les statues parlent dans les jardins que j’ai visités.
Moi enfant et ne sachant que faire de cette jolie jeune fille perdue au milieu de mon château, de mon Haut-Château. Elle ne veut pas jouer avec moi, elle ne fait que pleurer. C’est une fille, après tout.
Moi enfant et déjà faux-monnayeur.
Moi enfant sachant que les plus belles histoires sont celles que l’on invente, que l’on s’invente, que l’on peut se raconter ; le matin, le midi, le soir. Des histoires pour le matin, pour le midi, pour le soir. Des histoires, encore des histoires.
18/05/08
les morts-vivants
Fétide, le corps, le cœur, l’envie, l’amour devenus banals. Fétides, les morts, les vivants, les morts-vivants, qui avancent à pas lents dans les couloirs des supermarchés. Fétides, les vivants qui traversent les supermarchés en moto Harley-Davidson, qui ne voient rien, lunettes de soleil sur le nez (et vlan dans les dents). Fétides, ceux qui courent après les vivants, fétides ceux qui sont poursuivis par les morts. Fétides, les morts et les vivants. Fétide, la vieillesse, qui entraîne les corps dans une triste valse. Fétide et infect. Fétide et malodorant. Fétide et puant. Fétide et écoeurant. Fétide et repoussant. Fétide et dégoûtant. Fétide et immonde.
Fétide qui résiste à l’assaut des morts, des morts-vivants. Et qui sans gaîté aucune, va courir, courir, encore courir, pour échapper à l’assaut des morts, des morts-vivants. Fétide celui qui fuit devant les zombis, les goules, les momies, les liches, les squelettes, les vampires, les banshee, les fantômes, les spectres, les inferi, les jiangshi…
Le pas lent, saccadé, maladroit, pantelant, chancelant, boiteux, boitant, basculant, brinquebalant, c’est le pas du mort, du mort-vivant. C’est la valse des morts, des morts-vivants : un petit tour et puis s’en va – la vie, la mort : spectacle de fin d’année des morts, des morts-vivants, satisfait ou remboursé, mais après la mort.
Fétide quand les vivants ne respectent plus les morts, les morts-vivants. Fétide de jouer au Pinball avec les morts, les morts-vivants. Fétide de mettre les morts, les morts-vivants en cage.
« Quant au squelette ce n’était autre chose que le corps desséché du valet ; avec des cordes et des ressorts, je l’ai fait agir et rien n’est plus facile. » Quand les morts deviennent vivants, des morts-vivants-marionnettes entre les mains des vivants. « Ça parle, ça bouge », répète-t-elle. On finirait par en rire. Fétide de faire des marionnettes avec des corps.
12/05/08
Encres Orphelines
Parce que l'on apprend aussi à lire grâce à des éditeurs, et parce que Corti est de ceux-là. Parce que certains auteurs nous accompagnent longtemps, et parce que Michon, Bergougnioux, Macé sont de ceux-là, l'essai de Laurent Demanze, publié chez Corti est indispensable.
Laurent Demanze, Encres orphelines
la quatrième de couverture :
"Dans un temps de transmission empêchée et de tradition morcelée, la littérature contemporaine interroge les figures évanouies de l’ascendance. Tour à tour investigation généalogique et restitution biographique, les livres de Pierre Bergounioux, Gérard Macé et Pierre Michon s’écrivent à rebours de l’amnésie moderne. Car la modernité fait peu de cas des heures révolues et des êtres minuscules, des héritages secrets et des filiations traversières. Entre inquiétude et mélancolie, ces trois auteurs se ressaisissent d’un passé familial lacunaire, dans un souci de mémoire aux couleurs de deuil.
C’est la mélancolie qui taraude ce livre. La mélancolie d’écrivains qui ne se résignent pas à faire le deuil des temps désuets. La mélancolie aussi de leurs récits de filiation, où se dit la figure fin de siècle d’un individu hanté par les fantômes de l’ascendance et par leurs désirs inaccomplis. La mélancolie, enfin, d’une mémoire encombrée par les souvenirs de lecture et l’aura des livres d’autrefois. C’est elle qui donne à ce livre sa tonalité funèbre, c’est elle encore qui module dans les textes de Pierre Bergounioux, Gérard Macé et Pierre Michon l’élégie d’un monde disparu. Mais cette teinte sombre, qui colore leurs écritures, ne se réduit pas aux inflexions de l’humeur ni aux sombres cogitations. Elle est aussi une passion de l’altérité, qui recueille les destins déshérités de l’ascendance et restitue leur éclat singulier. Il y va ainsi dans cette mélancolie contemporaine d’une éthique de la littérature."
Vous pouvez lire ici, le prologue de cet essai.
Laurent Demanze, Écritures orphelines,
Pierre Bergougnioux, Gérard Macé, Pierre Michon,
éditions José Corti, 2008.
08/05/08
"nue et belle à vomir" (III & fin)
3
Il voulait des fantômes, des démons et des diables.
Il voulait des créatures de rêve, des sylphides, des filles de l’air, des filles de feu, la reine des neiges.
Il voulait des cabinets d’horreur, des cloîtres, des monastères, des catacombes, un jardin des roses.
Il voulait une nuit de pleine lune.
Il voulait un double mystérieux, un jumeau, une ombre, un semblable un frère.
Il voulait des bruits de chaînes, une chaîne au cou d’une femme.
Il voulait un corps dépecé, débarrassé de ses spectres.
Il voulait une chute de maison, un cheval galopant dans le feu.
Il voulait le détour d’une galerie.
Il voulait des grincements de dents et des sueurs froides.
Il voulait un vertige.
Il voulait des mains qui tremblent, un cœur qui palpite, une chair qui frissonne.
Il voulait une possession, des sorcières, des allongées, des innocentes.
Il voulait la guillotine et son ombre mélancolique.
Il voulait un tour d’écrou, serrer les vis.
Il voulait la panoplie et l’attirail.
Il voulait 120 journées, pas une de plus, pas une de moins.
4
Il y aurait une danse, celle de Thésée, pourquoi pas. Un corps, deux corps, d’avant en arrière, et d’arrière en avant, suite de mouvements de jambes, suite de mouvements de bras, souples. Une danse : celle qui colle un corps contre un autre corps, qui fait se serrer tout contre un corps contre un autre corps. Le mien, le tien.
Il y aurait un embrassement, prendre dans ses bras, l’autre avec qui l’on dansait. L’autre, qui maintenant serait dans les bras, enlacé, sans rien laisser. Étreinte simple et évidente.
Il y aurait un baiser.
5
Décoller de la peau, lentement le spectre de trop, enlever très délicatement cette couche. Le faire d’un seul mouvement, ne pas s’y reprendre à deux fois, une fois de trop, la peau ne le supporterait pas.
Du bout des doigts, comme si on voulait ne pas y toucher, et pourtant on y touche.
Garder cette peau, nouvelle, enlevée, la mettre dans le premier bain, pour lui redonner de la consistance.
Puis le deuxième bain, et enfin le troisième.
Cela doit se faire toujours très doucement. Le spectre comme la peau est duveteux et soyeux, doux et frais, pelucheux et lisse. Ne pas l’abîmer, ne pas y plonger, s’y précipiter, ne rien casser, ne rien détériorer, ne rien gâter, ne rien saccager, ne rien salir, ne rien tacher, ne rien arranger ; sinon la nuit, le temps, tout cela, et plus encore…
Étendre le spectre, pour le faire sécher. Mais toujours avec délicatesse, par délicatesse.
05/05/08
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