06/06/09

ABC du gothique - fiches 33 à 35

Fiche n°33

« Ce que j’ai à vous dire, j’avais résolu de ne vous le dire qu’à mon lit de mort ; le moment est maintenant arrivé. Vous ne pouvez avoir oublié la morsure que vous fit, il y a quelques jours, un mille-pieds ; le médecin vous abandonnait, déclarant votre blessure incurable, mais pendant que je restai avec vous j’ôtai le bandage et, appliquant mes lèvres sur la plaie, je tirai dehors le poison dont vous étiez infecté. Votre guérison fut complète, mais le mal est passé en moi, et dans une heure au plus j’aurai quitté ce monde pour un autre que je crois meilleur. » (Le Moine)

La résurrection est jeu érotique, on aime(1), on ôte un bandage, on lèche une plaie, on avale.

Fiche n°34

Quand Ambrosio va déterrer Antonia, ce n’est pas un corps qu’il va chercher, c’est une poupée, un fantasme.
« Le corps intact et tout blanc d’Antonia endormie reposait entre deux cadavres en complète putréfaction.(2)»


Fiche n°35

Baudelaire : « un drame de beaucoup supérieur à une foule de fadaises modernes innommables »





notes :

(1)Je t’adore parce que je t’adore, je t’aime parce que je t’aime. Je t’adore parce que tu es adorable, je t’aime parce que je t’aime. Je t’adore comme un fou, je t’aime comme un fou. Je t’adore parce que je t’adore, je t’aime parce que je t’aime. Je t’aime. Je t’aime… à n’en plus finir, toujours écrire les mêmes mots, les uns après les autres, autant de pas de danse que tu fais, que je fais, répétés, encore et encore : « jetaimeparcejetaimejetadoreparcequejetadore » toujours les mêmes sons qui vont sortir de ma bouche, des mots nus, des mots monumentaux, pour te dire encore et encore, toujours et toujours ce que tu sais, oui, parce que je te le dis, « je t’aime, je t’adore », pourquoi ? « parce que je t’adore, parce que tu es adorable, parce que je t’aime ». « Oh redis-les ces mots ! » Et bien sûr c’est reparti, dire et redire, mais dans la joie, sans aucune contrainte, des mots qui se collent les uns contre les autres, qui sortent de ma bouche et vont sur la tienne, des mots de tous les jours, que l’on prononce chaque jour et qui répétés deviennent des monuments. Ce que je répète encore et encore est-il la vérité ? Cela devient-il la vérité parce que je le dis et le répète : « je t’aime parce que je t’aime, je t’adore parce que je t’adore » et que ces mots finissent par t’envelopper comme une douce fourrure, comme un manteau pour l’hiver.

(2)Culte quasi-enfantin de l’oxymoron. Un véritable esprit de contradiction, que ce Lewis. Oh comme cela le rend fatigant, dira Lord Byron. C’est constamment de l’ombre et de la lumière, dira mon ami. C’est ce qui le rend si charmant, aussi, rajoutera-t-il. “L’un et l’autre, l’un sans l’autre, impossible, l’un toujours avec l’autre, couple, toujours. Mais l’un n’est pas le contraire de l’autre, pas les deux faces d’une même pièce qui s’opposent et avec laquelle on joue son destin. Face tu meurs, pile tu vis, à toi de choisir dit le tueur en regardant fixement dans les yeux sa future victime. On ne joue pas à la vie à la mort avec l’ombre et la lumière.L’ombre est la trace de la lumière, sa trace sur le mur, son souvenir. Qui regarde l’ombre se souvient de la lumière.”

2 comment taire:

Gwen a dit…

Quand on aime, il faut le dire, hein ???
C'est le cas : j'aime beaucoup.
Vraiment.

le consul a dit…

et comme ça tu l'as dit avant que je ne le dise ; n'est-ce pas ?